Lettre ouverte à Elisabeth Lévy
Cela fait longtemps que je me demande pourquoi, chaque fois que je lis un de vos articles ou une de vos interviews, je ressens un malaise, un porte-à-faux, comme si vous étiez un petit peu à côté du sujet, un peu distraite, un peu enfermée dans votre discours, un peu mal informée.
Ce lundi soir, 2 mai, après une heure à suivre avec intérêt, sur TV5, la retransmission de ‘RIPOSTES’ où vous débattiez avec, entre autres, Jorge Semprun et Patrice Chéreau, je crois avoir compris.
Tout d’abord, comme souvent, c’est le langage non verbal qui trahit la vérité. Quand les autres parlaient, vous faisiez le clown avec vos yeux (quel mime vous feriez !), exprimant de façon caricaturale votre dédain pour tout ce que peuvent exprimer les autres, montrant clairement, alors même qu’ils sont encore en train de parler, qu’ils n’y ont rien compris. On voit bien que vous n’êtes là que pour parler, vous, et qu’écouter les autres vous insupporte. Un peu d’égocentrisme peut-être ? Rien de grave, cela vous passera, espérons-le, avec l’âge s’il vous apporte la maturité.
Ce qui est plus dommage c’est que vous montriez dans vos réactions verbales, n’avoir rien compris aux analyses synthétiques et intelligentes de vos contradicteurs. Vous n’aviez qu’un message mais comptiez bien le claironner haut pour que le monde entier applaudisse la petite fille prodige : la culture française doit retirer ses écrivains et tous ses artistes de la réalité de la vie, les protéger par des budgets spéciaux, voire des salaires.
En ce disant vous vous êtes montrée totalement sujette à votre milieu. C’était fort, de votre part, de montrer, face à de brillants acteurs de l’histoire, de l’art et de l’économie, que vous ne compreniez rien à la culture ! Vous ignorez donc que l’art, quel qu’il soit, est fait d’actes, de passion, de souffrance, de folie, de VIE quoi ! Ce ne sont pas des métiers, Elisabeth ! La pire insulte que la France électoraliste ait faite aux artistes, leur assassinat organisé (je pèse mes mots), c’est justement cela même que vous voudriez défendre, protéger, développer encore : en faire de salariés, des demi chômeurs en sursis. Le statut d’ « intermittents du spectacle », en enlevant toute dignité aux acteurs, en fait des ouvriers à la chaîne dans l’usine de production de l’amusement public. N’avez-vous pas encore compris que ce type de travail devrait être à jamais relégué aux chapitres historiques, nécessaires mais honteux, du développement de l’humanité ?
Comme l’a bien dit, ce soir là, Jorge Semprun, les malheurs de la France sont historiquement explicables mais seule la France peut les résoudre. Et ce n’est pas en restant enfermée dans ses petites frontières qu’elle y arrivera.
C’est peut-être cela la source de cet incroyable et constant déphasage entre les réalités humaines et les idées que vous pensez devoir écrire ou clamer en public : êtes-vous jamais sortie, réellement sortie, d’île de France ? où avez-vous rencontré l’humanité ? pendant combien de temps ? avec quelle qualité d’écoute ?Par pitié, Elisabeth Levy, voyagez un peu. Et revenez-nous dans vingt ans, les yeux pleins de merveilles et la tête pleine de modestie.
Ce lundi soir, 2 mai, après une heure à suivre avec intérêt, sur TV5, la retransmission de ‘RIPOSTES’ où vous débattiez avec, entre autres, Jorge Semprun et Patrice Chéreau, je crois avoir compris.
Tout d’abord, comme souvent, c’est le langage non verbal qui trahit la vérité. Quand les autres parlaient, vous faisiez le clown avec vos yeux (quel mime vous feriez !), exprimant de façon caricaturale votre dédain pour tout ce que peuvent exprimer les autres, montrant clairement, alors même qu’ils sont encore en train de parler, qu’ils n’y ont rien compris. On voit bien que vous n’êtes là que pour parler, vous, et qu’écouter les autres vous insupporte. Un peu d’égocentrisme peut-être ? Rien de grave, cela vous passera, espérons-le, avec l’âge s’il vous apporte la maturité.
Ce qui est plus dommage c’est que vous montriez dans vos réactions verbales, n’avoir rien compris aux analyses synthétiques et intelligentes de vos contradicteurs. Vous n’aviez qu’un message mais comptiez bien le claironner haut pour que le monde entier applaudisse la petite fille prodige : la culture française doit retirer ses écrivains et tous ses artistes de la réalité de la vie, les protéger par des budgets spéciaux, voire des salaires.
En ce disant vous vous êtes montrée totalement sujette à votre milieu. C’était fort, de votre part, de montrer, face à de brillants acteurs de l’histoire, de l’art et de l’économie, que vous ne compreniez rien à la culture ! Vous ignorez donc que l’art, quel qu’il soit, est fait d’actes, de passion, de souffrance, de folie, de VIE quoi ! Ce ne sont pas des métiers, Elisabeth ! La pire insulte que la France électoraliste ait faite aux artistes, leur assassinat organisé (je pèse mes mots), c’est justement cela même que vous voudriez défendre, protéger, développer encore : en faire de salariés, des demi chômeurs en sursis. Le statut d’ « intermittents du spectacle », en enlevant toute dignité aux acteurs, en fait des ouvriers à la chaîne dans l’usine de production de l’amusement public. N’avez-vous pas encore compris que ce type de travail devrait être à jamais relégué aux chapitres historiques, nécessaires mais honteux, du développement de l’humanité ?
Comme l’a bien dit, ce soir là, Jorge Semprun, les malheurs de la France sont historiquement explicables mais seule la France peut les résoudre. Et ce n’est pas en restant enfermée dans ses petites frontières qu’elle y arrivera.
C’est peut-être cela la source de cet incroyable et constant déphasage entre les réalités humaines et les idées que vous pensez devoir écrire ou clamer en public : êtes-vous jamais sortie, réellement sortie, d’île de France ? où avez-vous rencontré l’humanité ? pendant combien de temps ? avec quelle qualité d’écoute ?Par pitié, Elisabeth Levy, voyagez un peu. Et revenez-nous dans vingt ans, les yeux pleins de merveilles et la tête pleine de modestie.